Le phénomène de la persistance rétinienne me permet de bénéficier quelques instants de plus du spectacle qui se déroule 20 m à l’aval : c’est bien un placard d’ombre qui vient de sauter à contre-jour surpris par un ferrage réflexe. Nous sommes bien dans LA semaine de folie sur la Dordogne au cœur du money time, la vie est douce…
En d’autres temps en ces lieux, j’aurais passé la journée dans la voiture à chercher les gobages. Mais depuis cette année, quoi qu’il arrive, durant des journées entières, je pêche au streamer. Et à vrai dire, pour ne pas attraper grand chose. Mais durant toutes ces longues heures à tirer de la soie j’engrengeais de l’expérience. Et hier, c’était le jour de la paye…
Autant, inventer sa vie peut parfois être compliqué et représenter une vraie aventure, autant investir dans des panneaux solaires photovoltaïques a été une évidence pour nous. Après la maison bois, le chauffage par la géothermie, la création d’une grande citerne, c’est l’aboutissement de notre idéal pour notre habitation.
Il y a les beaux discours, les belles plaquettes sur le milieu, sa fragilité, les bienfaits de la divagation de la rivière, la nécessité de racheter les terres pour laisser le fleuve manger les berges. Et puis, il y a les actes. En 2009, sous couvert de protéger une conduite d’eau, on en profite pour massacrer des ilôts, détruire des bras abritant une biodiversité incroyable et envoyer les bulldozers rectifier la Dordogne. Encore une fois, la DDEA a montré sa vision passéiste de la gestion des milieux, EPIDor ou l’ONEMA n’ont pas levé le petit doigt ou alors, pas assez haut pour éviter ce massacre.
La truite de ses rêves, on y pense souvent, on l’imagine avec son portrait type de truite mannequin, belle sous tout rapport. Mais un peu comme une femme, un jour, elle vous tombe dessus et on la prend comme elle est pour le meilleur et pour le pire…
Il y a tout juste 20 ans, je m’achetais à l’occasion d’un des mes
anniversaires une canne à mouche Nive de Baïgorry, une soie DT 5 et
trois mouches. Je m’en rappelle comme si c’était hier, c’était chez
Roumaillac place de la Victoire à Bordeaux, un vendredi.
Le lendemain, je suis parti avec mes deux grises à corps jaune et mon
palmer tricolore pêcher un petit ruisseau encombré à deux pas de chez
moi. J’ai fait monter deux truites sans les prendre. Pas plus tard que
le lendemain, je suis revenu les voir et j’ai pris ma première
truite à la mouche. Ma vie venait irrémédiablement de basculer dans la
plus merveilleuse des passions : celle de la pêche à la mouche. Cela
fait 20 ans aujourd’hui jour pour jour.
Tout le lundi, j’ai rongé mon frein sur les bancs de l’amphi en attendant l’ouverture du magasin de pêche. Dès le mardi matin,
je suis revenu voir Francis pour lui acheter un étau, quelques cous de
coq de mauvaises qualités et le nécessaire de montage. Jusqu’à tard
dans la nuit, dans ma piole du village universitaire, j’ai monté des
mouches à m’en user les yeux en pensant au WE suivant lors duquel je
pourrais aller les tester.
Depuis tout ce temps, il ne s’est pas passé un seul jour sans que la
pêche à la mouche ne m’habite ou ne me guide. Et aujoud’hui encore,
malgré tout ce temps passé à la pêche, la petite flamme de la palm
brûle encore au fond de moi et me dévore. Pourvu qu’elle ne s’éteigne
jamais…
Fred
Cette année, comme c’est le cas une année sur trois ou quatre, les niveaux de la Dordogne sont compatibles avec la pratique de la pêche à la mouche dès l’ouverture de la truite. Cela permet l’accès à des vastes secteurs situés très à l’aval du parcours traditionnel et sur lequel il reste quelques jolies truites. Mais la quête de ces poissons est loin d’être simple. C’est ce qui la rend palpitante…
Comme si la peur du vide me guidait, je m’apperçois que depuis quelques années, ma vie est une succession de gros projets. Les coups de bourre se succèdent faisant défiler les jours à un rythme d’enfer. Après la construction de la maison (qui n’est d’ailleurs toujours pas finie je sais chérie
), il y a eu la construction de la cellule et cette année le tournage d’un nouveau film. C’est déjà mon 5ème documentaire de 52 minutes. Que le temps passe vite. Mais c’est la vie, la vraie, celle où on prend du stress plein la gueule.

N’importe quelle rivière au monde à son printemps, un moment privilégié où les insectes sont nombreux et les poissons gobeurs. Dans l’hémisphère nord, c’est bien souvent au printemps que cette période a lieu. Mais cette année sur la Dordogne, ce printemps a lieu en été en ce début juillet.


